06 mai 2009

Je ne pélerai point mon pamplemouse à vif.

Je n’aime pas l’expression « Peler à vif », ça me rappelle « Plaie à vif » c’est violent, blessant et inhabile. On se fâche.
A « Peler à vif  un pamplemousse », le pamplemousse et moi, tous les deux pleurent.
Il pleure du jus. Moi, je pleure de sa perte de jus (oui, je suis radin) et de ses pulpes abîmées (oui je suis maniaque).
Les aliments et nous sont des amis,  on ne les domine pas. Surtout pas pour les viandes. Les animaux que nous mangeons méritent entièrement le respect et le remerciement. La fusion que nous faisons avec des végétaux et des animaux est vitale pour survivre, mais mentale pour savourer, sentir. Un corps étranger absorbé par un corps pour ne devenir qu'un seul corps est un processus amoureux. Je préfèrerai personnellement de dire une "Mise à nu", mais les gens penseront scandaleux. Est-ce qu'il est vraiement plus honteux de "mettre à nu" que de "peler à vif"?

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Rôti au sucre Rapadura (sucre complet)+un filet d’huile d’olive+les graine de sésame

Revenons à mon pamplemousse. Un fruit. Un monde parfait et clos : beau, bon et protégé impeccablement par son écorce épaisse. Je vais dévoiler ce monde si parfait. Chaque fois que j’ouvre un pamplemousse, je suis toujours un peu enchanté de ce macrocosme intact et frais, comme une peau toute neuve d’un bébé.

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au Azuki confit

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P1180126(UN CONSEIL AVANT DE COMMENCER : Si vous êtes pressé ou vos mains sont brutales, vous préférerez à peler à vif.)
- Commencer à l’aide de couteau pour entamer l’écorce, puis c’est avec les doigts que j’arrache son écorce pour ne pas abîmer la chair.
- Une fois tout enlever l’écorce jaune,  retirer attentivement l’éponge blanche en grattant avec un couteau.
- La voilà maintenant seulement en sous-habit, les membranes blanchâtres semi-transparentes.
- Ecarter en deux, soyez doux, sans forcer, en faisant attention de ne pas l’ecraser, pour ça, il faut retirer maximum la matière blanche épongieuse qui protège le fruit.
(Astuce: Ne détachez pas tous les quartiers,  c’est plus facile de travailler en masse directement une tranche après l’autre. On tient mieux.)

P1180121- Enlever la membrane à l’aide de petit couteau en glisse-pénétrant entre la chair et la peau.
(Vous pouvez manger ces membranes au lieu de jeter, y a pas de mal, plein de fibre, je le fais, pas tout mais une partie, ça me console pendant le travail)

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- Pour ne pas casser le quartier, retirez bien la peau de deux extrémités,  c’est toujours par là que ça casse, il est la clé de réussite : d'abord, dégager complètement les deux coins.

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- Une fois la peau supérieure bien débarrassée, soulever petit à petit avec les doigts la masse de pulpe.
- Détachez doucement en NÉGOCIATION à gauche à droite
P1180120- Au final il reste un peu de veine au dos de tranche : avec le pointe de couteau on peut les retirer OU ON LAISSE parce que ça risque de tout gâcher à ce stade final en jouant un perfectionniste (Ne soyez pas tenté. Fermez les yeux comme si vous n’avez rien vu)

Un travail assez minutieux et attentif, mais la récompense est là !
La chair parfaite, sans blessure, tout son jus dans chaque pulpe. Elles seront éclatées DANS VOTRE BOUCHE, PAS SUR LA PLANCHE A COUTEAU qui ne sait pas apprécier la délicatesse.

Manger tel qu’il est ou en Rôti au sucre Rapadura (sucre complet)+un filet d’huile d’olive
Pour enjoliver gustativement et visuellement : avec des sésames ou Azuki confit

Posté par Luna k à 22:31 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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Commentaires sur Je ne pélerai point mon pamplemouse à vif.

    J'ai des frissons en pensant à tous les pamplemousses (et les oranges aussi!!!) qui ont souffert à cause de moi, qui ait souvent écrit cette phrase fatidique dans mes recettes.
    C'est un très beau billet, Nick.
    Elle est très sensuelle, cette manière de déshabiller le pamplemousse.

    j'aime bien aussi l'ananas rôti de cette manière. (mais l'ananas c'est encore pire: en plus de la peau, on est obligé de lui arracher les yeux, quelle horreur...)

    Posté par Marie-Claire, 07 mai 2009 à 16:47 | | Répondre
  • Oui, c'est vraie, la cuisine est un domaine sensuel par excellence. Content que vous le disiez. Mais... disons que... j'hésite quand même tout exprimer, vu que la plus part de visite vient des "lectrices".
    J'ai peur d'être passé pour un pervers.
    Un petit inconvénient d'être "un bloggeur", pas "une bloggeuse".

    Posté par nick, 07 mai 2009 à 22:48 | | Répondre
  • Je pense que, si pervers il y a, c'est chez le lecteur qui interprèterait des choses perverses, et non pas chez l'auteur du texte.

    Quelqu'un de normal voit la sensualité certes, mais c'est un blog de cuisine et la cuisine est sensuelle, on n'y peut rien, c'est comme ça !
    Et il voit surtout le respect de la nourriture, le respect des produits.

    Posté par Marie-Claire, 08 mai 2009 à 10:43 | | Répondre
  • Aucune perversité Nick, mais un billet effectivement très beau, très sensible, avec de bien jolies photos. Et j'adore le pamplemousse rôti, bavo!

    Posté par Flo Makanai, 08 mai 2009 à 10:56 | | Répondre
  • Merci pour cette petite réflexion poétique sur la souffrance du cuisinier et du produit. Ton blog est magique, j'adore ta façon d'écrire. bravo.

    Posté par Ali7, 08 mai 2009 à 14:48 | | Répondre
  • Un plaisir de découvrir ce blog et cet univers de la cuisine... (merci à Marie-Claire d'ne avoir parlé chez elle)... je sens que je vais me plaire par ici !

    Posté par Bénédicte, 08 mai 2009 à 17:40 | | Répondre
  • Nick répond

    Merci pour votre appréciation et compréhention!

    Posté par nick, 10 mai 2009 à 12:06 | | Répondre
  • Sensible et délicat avec les pamplemousses , voilà qui laisse augurer du reste ...
    je suis d'accord avec toi pour dire que peler à vif est terme babare !

    Posté par irisa, 14 mai 2009 à 13:56 | | Répondre
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