16 sept. 2011

Le salé, le goût originel entre le bien et le mal

0000FDVptSavez-vous quel est le goût de votre corps ? (il ne s’agit pas d’un steak d’entrecôte ou une tranche de poitrine, mais des sécrétions corporelles.)
Avez-vous un bon souvenir d’avoir dégusté innocemment vos crottes de nez ? Vous dites dégoûtant.
Comment est-elle la saveur de la sécrétion érotique produite par le sexe de votre amour ? Une question trop indiscrète ? Alors, la sueur, l’urine le sang, les larmes… ? Vous devez déjà avoir goûté au moins une de ces choses. Cependant, pour beaucoup de gens, l’image évoquée par ces questions est sale. Et son goût ?

sel bien mal2

Salé.


Intuitivement je sens qu’il y a une relation étrange entre le salé et la saleté, genre «je-t’aime-moi-non-plus »… Qu’y a t il ? Quelle est leur relation ? Commençons par l’étude du mot «sel». On trouvera des indices en le décortiquant. Un mot est vivant, lui-aussi c’est un corps qui s’évolue au fil du temps, il a sa cartographie génétique, chargée d’innombrables mémoires du passé et s’enrichit de génération en génération.

«Sal» est la racine latine du mot «Sel». Elle donne des branches comme Sel, Salaire, Salubre, Salutaire, et également Sain et Santé par l’action de purification et de panacée du sel. Voilà une famille digne et propre. Cela dit, sans oublier le mot Salive, car le sel était aussi Eau de mer, Sea en anglais. La salive désignait l’eau suintant dans le coquillage ou une bave des escargots.

sel bien malProche de salive, la Salacité est un mot qui s’est marié avec la saleté, ainsi Salace signifie : penchant excessif pour les rapprochements sexuels / Caractère des propos ou des comportements érotiques, lubriques, obscènes.
La lubricité, un enfant de mauvaise rencontre (ça glisse de plus en plus en débauche) annonce la venue du fluide visqueux, et l’ambiance devient de plus en plus humide et salé.
  Photo : «Chez l’entremetteuse» de Vermeer 17 éme


Par la suite, un autre élément entre dans la scène, un Maquereau. En fait, il n’est pas seul, mais suivi d’une morue, une harengère… Ouille, les entremetteuses, les souteneurs sont vraiment poisseux. Quelle décadence ! On est au plus bas et n’a rien à voir avec le sel inspirant le salubre au début. Pourtant on suit bien dans la trace du sel.


Cherchez l’erreur… Les poissons, aujourd'hui un aliment de raffinement plutôt de qualité, sont pris dans l'image glissante, visqueuse, sale et salée. Normal, puisqu’ils viennent de la mer... Enfin voilà la mer, les poissons retrouvent ici leur sel d'origine, salutaire. Ils quittent des maisons closes, vont vers le large de la mer.


Nous retrouvons le corps se balançant entre l’idée de salutaire et de lubrique. La relation « je-t’aime-moi-non-plus » avec notre corps vient du fait qu’il est difficile d’accepter sa dualité : l’objet de vitalité et l’objet obscur…gras, odorant, salé : Qu'il est organique !

sel bien mal 3On parle du goût sucré, comme préférence gustative innée de l’homme. Il paraît que, quand on donne de l’eau sucrée aux nouveau-nés, leur visage exprime positivement, quant à l’acidité et l’amertume, la grimace. Vu que l’expérience avec l’eau salée n’est pas citée, il doit réagir neutre (si ce n’est pas trop salé). Leur neutralité témoigne la familiarité, on peut présumer le goût salé de son environnement prénatal. Le fœtus commence à apprendre les goûts en avalant le liquide amniotique. Plus complexe que cela, l’odeur, l’agent important gustatif, est senti directement par le sang irrigué dans le nez de fœtus. Le liquide amniotique comporte notamment des débris (peaux mortes, poils etc.) de fœtus, son urine et les arômes des aliments que la mère ingère. Le fœtus a un appareil gustatif suffisamment développé – plus sensible que l’adulte - pour capter la saveur du corps de lui-même et de sa mère. Je suppose que cette saveur est plutôt salée avec quelques degrés de différence selon le repas qui vient d’être pris par sa mère.


J’aimerais en déduire que le véritable goût réconfortant n’est pas vraiment sucré comme on croit, mais légèrement salé.
Le mythe du chocolat ou d’autres confiseries procurant le sentiment de réconfort est très connu. Il est vrai que le goût sucré est un signe de l’énergie, un apport vital pour un être vivant, donc, fortifiant. À côté, le goût salé est fondamental et générateur, le goût de notre corps, il est originel comme celui de la mer ou la mère si on veut. Donc, le goût réconfortant … foetalement.

 

 

Posté par Luna k à 10:47 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le salé, le goût originel entre le bien et le mal

  • Un superbe article merci... le salé prend des dimensions très très titillantes... visqueuses mais réconfortantes donc.

    Posté par VanessaV, 17 sept. 2011 à 08:02 | | Répondre
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