11 avr. 2012

Koshu, le raisin porteur d’avenir pour les vins japonais

0000FDVptLe Japon, un drôle de pays limpide ou aquatique, dont la transparence se laisse colorer par ceux qui s’y passent. Il a voulu changer son identité asiatique et s’est tourné résolument vers la civilisation occidentale. Le slogan national de l’ère Meiji : « Sortir l’Asie entrer en Europe » montre clairement cette attitude. Mais un croisement influence mutuellement deux côtés. Pendant que le Japon se convertit vers l’Europe, en Occident, est arrivé la vague du japonisme.

Aujourd’hui, le Japon a doublé les pays occidentaux dans beaucoup de secteurs. Si on citait des exemples des aliments : le peuple de l’archipel ne mangeait pas la viande de bœuf pendant 1,200 ans, il produit pourtant aujourd’hui le meilleur bœuf du monde. (Lire l’article sur le bœuf de Kobe).

Un certain Monsieur Ikeda Kikunae, après avoir entrevu l’Europe de XIXéme, le siècle bouillonnant des progrès dans le domaine de la biochimie, a fini révéler le cinquième goût, une découverte qui a conduit le Japon aujourd’hui au statut de leader mondiale en matière de l’industrie biochimique des micro-organismes. (Lire article sur le goût Umami)
Pour qu’il y ait le saké d’aujourd’hui, tant apprécié par les gastronomes du monde entier, les Japonais se sont inspirés du système de la gestion et l’appellation de vins français pour épurer et contrôler la qualité du saké traditionnel.
Au pays du soleil levant, tout passe et l’on se l’approprie et dépasse l’original.

S’il se passe la même chose dans le domaine viticole?
Ça fait froid dans le dos de Français? Non, ils en rient ? On ne sait jamais…
Non seulement le Japon est un grand consommateur de vin, en particulière, les vins français, il a aussi l’ambition de séduire le marché mondial du vin.
La base prometteuse, c’est que le pays est très épicurien et sérieux avec tout ce qui touche la nourriture. La popularité élevée du métier de sommelier est la preuve de leur curiosité et la méticulosité envers le plaisir de la bouche. Du coup, le palais japonais est fort bien éduqué et prêt à consommer de vins de qualités, donc en produire. Cet aspect est extrêmement important pour l’avenir de production viticole.

Début de l’aventure des vins japonais, il y a une rencontre franco-japonaise.
Fin XIXème, l’ère Meiji, parmi les découvertes de la civilisation occidentale, le Japon trouve le vin comme excellent remplaçant du saké pour faire face au manque de riz.
Ainsi, en 1870, Yamada Hironori et Takuma Norihisa ont fondé une cuverie commune pour produire du vin. Sous à la politique du nouveau gouvernement, de nombreuses terres sont défrichées et des caves ont vu le jour.

koshu Ryuken TakanoEn 1877, la Société Vinicole de Yamanashi est créée à Katsunuma, petit village au pied du mont Fuji, dans la préfecture de Yamanashi. En octobre, deux jeunes employés, Ryuken Tsuchiya et Takano Masanari (photo) sont envoyés en France pour apprendre le savoir-faire de la viticulture et de la vinification.

Ils ont rencontré Charles Baltet, pépiniériste troyen et Pierre Dupont viticulteur qui ont guidé leurs pas vers la véritable production viticole au Japon,
Dans un musée à Katsunuma, dédié à l’histoire des vins japonais, on peut voir les traces de ce voyage, style quasi-militaire – le discipline japonaise oblige-, le contrat de ces deux jeunes gens avec la société viticole et la lettre de serment d’accomplir leur mission : apprendre, en une année, toutes les techniques nécessaires pour la production du vin. Sachant que l’époque, le voyage aller simple entre le Japon et l’Europe prend une cinquantaine de jours, on comprend que la préparation de ce voyage ressemble à celle d’un guerrier qui part en campagne.
Ces jeunes ont accompli tant bien que mal leur mission et ont reconstitué magnifiquement des équipements viticoles au retour au Japon.
Depuis, de nombreux Japonais ont effectués des voyages studieux en Europe et aux USA et cela a contribué non seulement à la production et l’amélioration de la qualité du vin, mais aussi du saké.

Les variétés importées de l’occident tel que Chardonnay, Cabernet Sauvignon, Merlot, Petit Verdot se sont installées avec certain succès grâce aux progrès techniques et le système local pour les acclimater aux conditions naturelles sur place, le palissage en pergola, l’ombrelle installée sur chaque grappe.
Leur effort est récompensé pour la première fois en 1989, le Kikyogahara Merlot a obtenu la médaille d’or au concours International de Vin de Ljubljana et Concours de Londres 1992, médaille d’argent.


Toutefois le cépage princier, c’est le Koshu, natif de Japon.

Koshu vin japonaisCette variété a su s’adapter aux conditions naturelles hostiles : l'humidité et la chaleur intense. Sa peau épaisse protége la chair de l’agressivité climatique, et en plus, la fameuse passion obsessionnelle propre à la japonaise a fait naître le vin qui a de l’avenir.

Le Koshu était cultivé dans la région de Yamanashi depuis plus de 1000 ans en tant que raisin de table, Cette région, située à proximité du mont Fuji, produit la plupart du vin japonais sur plus de 450 hectares. L'emplacement favorable et des conditions climatiques, Katsunuma, dans la préfecture de Yamanashi, est le terreau idéal de Koshu. Katsunuma est une vallée intérieure ayant les conditions primordiales pour la culture de raisins de qualité : de longues heures d'ensoleillement, la variation modérée de la température et de la pluie.
Les sols volcaniques sont poreux, ce qui permet la pénétration des racines profondes et un bon drainage.
Koshu est traditionnellement cultivés sur des pergolas afin d'éviter l'humidité estivale.
Les premières tentatives de vinification datent de l’ère Meiji. Le perfectionnement des techniques ont permis au Koshu de devenir le cépage représentatif du vin japonais.
Ses fruits sont roses violacés. D’après les recherches effectuées par l'Université de Californie, est révélée sa parenté avec le vitis vinifera, la vigne du vin européen.

Le vin blanc élaboré avec du Koshu évoque le sauvignon blanc, la faible teneur en alcool, la robe jaune paille, le goût floral, pamplemousse, mais plutôt l’agrume japonais encore plus rafraîchissant. La finesse élégante va bien avec les mets japonais.

Pour découvrir le fond de la variété Koshu, certains producteurs comme "Grace" se sont lancé dans un projet ambitieux d'essayer d'identifier l'origine de Koshu en cultivant directement à partir des graines qui ont été plantées plus de 1000 ans, très différent de la plantation des ceps, il donne les caractéristiques inexistantes dans le Koshu connu jusqu'à présent. Ce projet est très utile en tant que première étape pour l'amélioration de Koshu dans le long terme.

Les grands producteurs japonais, comme Château Mercian, Grace winary, Katsunuma winery, ont juré d'élever le koshu au rang de grands vins internationaux.
Depuis 1998, les vins de Koshu sont primés dans les petits et grands concours internationaux. Dernièrement, « Grace Wine Koshu Kayagatake 2010 » a obtenu la médaille d’argent au Decanter World Wine Awards 2011.

Le propriétaire du groupe Bernard Magrez a vu un grand avenir pour ce cépage nippon et est associé avec Yuji Aruga, producteur de « Katsunuma winery », ils ont produit « Magrez–Aruga Koshu » qui n’a pas déçu les amateurs de vin avertis.
Ernest Singer, importateur americain de vins participant aussi à cette aventure a fait appel à son ami Robert Parker pour l’évaluation des boissons de Koshu.
En 2004, il a attribué la note de 88/100 au vin "Shizen", produit par Singer en collaboration avec Denis Dubourdieu.

Certes les vins de Koshu ne concurrencent pas encore les plus grands crus du monde, mais, nous avons déjà vu les exemples des obsessions perfectionnistes des Japonais. Il n’est pas impossible qu’ils fassent un jour les grands vins qui égaleraient les Français.

Posté par Luna k à 10:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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