23 juil. 2012

La cuisine asiatique en Asie, est-elle saine ?

Un article sur Le Monde du 16 juin 2012 parle d’un phénomène du surpoids et de la dictats du régime d’amaigrissement au Japon et en Corée. Il révèle un indice des problèmes que moi-même j’ai constaté et vais approfondir le sujet ici.
La cuisine coréenne et japonaise, contenus principaux de mon blog, j’essaie de les présenter authentiquement et valoriser leurs qualités, il va ainsi de soi d’exposer leurs problèmes.

Depuis quelque temps, les cuisines asiatiques, notamment la japonaise, suscitent beaucoup d’intérêt dans le monde gastronomique en bénéficiant de son image saine, raffinée, voire spirituelle.
Peut-être ! Encore faut-il qu’il soit valable toujours. Cet engouement de masse me laisse un sentiment inconfortable, car, derrière l’image vendeuse de la cuisine saine, il y a une réalité pas si saine.
En navette entre ici et l’Asie, depuis plus de 20 ans, j’ai été horrifié fréquemment par le paysage alimentaire asiatique actuel - ici je parle du Japon et de la Corée – et par ces gens inconscients de ce qu’ils avalent.

L’objectif de cette critique n’est point pour dévaloriser la cuisine asiatique, mais démystifier, voir sa réalité. Malheureusement, l’écran de fumée à lever ici n’est pas la vapeur de cuisine au wok, mais le markting dont la stratégie consiste à faire disparaître l’autosuffisance afin de créer un besoin consumériste. Un déplacement pernicieux et lucratif : Ce qu’il monétise ici sous un bel emballage est ce qui est subtilisé ailleurs par un mécanisme marchand.

La problématique de la cuisine en Asie
Dans ces pays asiatiques mystiques où l’on aimerait voir des gens spirituels pratiquant la cuisine saine dans le plus grand respect des traditions, vous croiserez sans difficulté des personnes de « surcharge pondérale ».
S’il est vrai que la cuisine traditionnelle de l’Extrême-Orient est particulièrement bienfaisante notamment grâce à l’influence du bouddhisme, la modernité a introduit le mode alimentaire occidental composé richement de produits industrialisés, de laitages et de viandes en entraînant des conséquences sanitaires que l’on voit partout dans le monde: le malbouffe et l’obésité.
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Ajouté à ce problème planétaire, il y a des problèmes spécifiquement asiatiques dont on ne parle pas.
Il existe un cocktail explosif en Extrême-Orient: Mélange de l’amour particulier pour le bouillon et l’exhausteur de goût, le fameux GMS.
Le repas comprend presque toujours du bouillon, et l’on n’en consomme pas chaud, mais bouillant, quitte à être une des causes de taux élevé de cancer de bouche et d’œsophage. Le goût tant recherché n’est autre que ce fameux (faux) umami - n’oubliez pas que le pays inventeur de GMS est le Japon et ce n’est pas par hasard -, disponible en abondance grâce à sa production industrielle.
Un autre ingrédient du cocktail, la substance omniprésente dans notre monde moderne :  le PVC, la plastification de conditionnement.
Un peu caricaturée, l’alimentation quotidienne en Asie d’aujourd’hui peut se décrire comme suit : « Manger du bouillon bouillante riche en GMS dans du plastique fondu ». Le développement de nouilles instantanées et la passion de consommateurs pour ces produits témoignent la véracité de cette caricature.

ramenCliquez et faites un tours le lieu d'adoration (Museé de nouilles instantanées conditionnées dans le goblet plastique, Cup Noodles museum, Yokohama)

ramen5Le fondateur de Cup Noodles (le sauveur de peuples affamés ?)

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Devant la force ravageante de l’industrie de saveurs « faciles et captivants » et le mode de vie moderne, les traditions culinaires authentiques ont la difficulté de garder son terrain. Les produits artisanaux fermentés, les préparations riches en végétaux, pauvres en graisse, cuisinées avec une variation de saveur allant de la fadeur jusqu'à l'épicé, toutes ces qualités que l’on aime attribuer à la cuisine asiatique se réduisent à un privilège pour une minorité se disposant le temps et l’argent pour. La plupart des gens, occupée de suivre péniblement le rythme infernal du quotidien, ils n'ont pas de disponibilité ni mentale et ni matérielle.

« La cuisine asiatique = la santé », un slogan publicitaire
Toutes les cuisines sont saines et naturelles. Au moins, elles l’étaient avant.
Chaque région de la planète, son peuple a développé leur tradition alimentaire comme bon leur semble selon les conditions naturelles données. Leur corps s’adapte biologiquement à leur nature. Les hommes sont, «dans un état normal », doués de survie et savent s’alimenter pour son bien. Si, aujourd’hui cet instinct est déréglé, c’est évidemment l’urbanisation et l’industrialisation déraisonnables qui sont en cause. L’héritage biologique d’une culture alimentaire explique qu’il n’y a pas de régime alimentaire idéal pour tous. Chaque peuples ont des besoins différents.
Alors, on craint actuellement que la planète entière est en train de devenir UNE région pratiquant LE MEME mode alimentaire avec UN idéale.
Si les humains arrivaient à produire les aliments en abondance à notre époque, ils n’ont toujours pas résolu le problème de la famine sur une partie de l’humanité. Et aujourd’hui nous avons des problèmes de plus, l’excès et la mauvaise alimentation.

Ici intervient une particularité incommodante des populations asiatiques.
Les surpoids asiatiques ont un aspect davantage mou et boursouflu qu’un surpoids occidental, car ils ont génétiquement moins de muscle et plus de graisse. La différence biologique cause une sorte de vulnérabilité chez les asiatiques à l’obésité. Nous ne sommes pas tous égaux face à la prise de graisse.
Le corps d’un asiatique ayant reçu depuis millénaire un régime alimentaire très végétarien, caloriquement faible, il devait être habitué à fonctionner avec ces données. Quant à quelqu’un qui aurait vécu dans une tradition alimentaire viandée, grasse et riche en calorie, il aurait appris à vivre avec.
Le gabarit est visible. La taille et l’épaisseur physiques des asiatiques sont plus « sobres » -pour ne pas dire modeste- que d’autres. L’effet de gavage sera plus néfaste chez les « sobres ». Pas très difficile à comprendre l’inégalité biologique.
Les gènes de notre corps, ils sont intelligents. Ils mémorisent ce avec quoi ils se sont constitués et ce dont ils ont besoin.

Il ne s’agit absolument pas ici de justifier la surconsommation de viandes dans les pays occidentaux industrialisés, mais de la différence interethnies entraînant le besoins alimentaire différent. Dans tous les cas, la présence de la viande n’a jamais été aussi excessive nulle part qu'à notre époque.  

Pas de cuisine saine dans une société malsaine
Un autre phénomène que l’article sur Le Monde évoque est une très grave maladie allant de pair avec la société de surabondance alimentaire.
Vous avez sans doute entendu « les fourmis jaunes travailleuses », propos désignant les Japonais, prononcé par une politique française. Bien que l’expression soit imprudente, il reflète néanmoins la réalité. Les Coréens et les Japonais subissent des pressions surhumaines de l’hyperproductivité constante : les adultes sous le poids de travail, les enfants des tâches scolaires. Tout le monde doit être au-dessus de tout le monde.
La maîtrise de son corps est une discipline de base exigée, il est IMPERATIF d’être beau et jeune. Le dictat de l’apparence est telle, le régime d’amaigrissement est un vrai calvaire pour les jeunes femmes, les hommes ne sont pas exclus.

Beaucoup de jeune et de moins jeunes asiatiques qui se sousalimentent à l’espoir de ressembler au modèle imposé dans une société hyperconsommateur-hypervendeur, rythmé par les médias-écrans. C’est là que « s’impose » la nécessité de refaire chirurgiquement le visage et le corps pour décrocher le meilleur job.
Difficile que cette société hyperproductive laisse la place encore à leur tradition spirituelle et leur alimentation saine. J’ai peur qu’ils deviennent des coutumes bonnes à enterrer à l’écomusée.

Tiraillé entre l’abondance matérielle et l’appauvrissement spirituel, entre l’anorexie et la boulimie de nouveau nourritures, cette « Asie de sérénité» est en train de se perdre… Pendant ce temps, en Occident, c’est la prolifération des restaurants asiatiques au plus grand besoin des citadins qui sont soucieux de leur « santé» et surtout d’être dans l’air du temps. Un air malsain soufflé par la société de consommation consensuelle totalitaire. Ce régime amaigrit la mentalité, la culture et l’alimentation. Le vampire de marketing aime sucer l’essence de la culture et la laisse toujours au même point, le désert où il y a plus de sens, ni l’Occident, ni l’Orient, ni sud, ni nord.

Posté par Luna k à 15:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
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Commentaires sur La cuisine asiatique en Asie, est-elle saine ?

    Merci pour cet article original qui fait réfléchir. J'adore la cuisine asiatique, tous pays confondus....

    Posté par Nathalie, 23 juil. 2012 à 19:45 | | Répondre
  • Nathalie, C'est moi qui vous remercie d'avoir lu ce long billet.

    Posté par luna, 23 juil. 2012 à 22:50 | | Répondre
  • Superbe billet, un peu désespéré, mais on le serait à moins devant l'appauvrissement industriel des nourritures... devenues trop riches.

    Ce n'est pas propre à l'Asie hélas, c'est une tendance mondiale à dé-naturer le simple fait de se nourrir en y prenant plaisir.

    Posté par Patrick Cadour, 24 juil. 2012 à 06:59 | | Répondre
  • Comme toujours, vos réflexions sont minutieusement étudiées et fortes en intérêt. Vous parlez de ce que vous connaissez pour mettre en lumière un problème d'ordre mondial.
    Je suis moi-même américaine par ma mère et je me suis vue récemment accusée d'aimer les Mc-fast-food parce que je défendait la gastronomie du continent américain. Vous vous doutez qu'elle ne se résume pas à des hamburgers de mauvaise qualité. Il faut beaucoup de courage pour aller au bout des arguments et je vous en félicite.
    Et en effet la lecture de l'article du Monde fait un peu froid dans le dos.
    Merci de partager vos pensées (et vos recettes), c'est toujours un plaisir de les lire!

    Posté par Laure, 24 juil. 2012 à 10:42 | | Répondre
  • Patrick,
    Comme tu dis, le malbouffe n'est pas un cas isolé de l'Asie. Simplement, le contraste entre l'image "saine" que l'on aime lui coller et la réalité (bien sur, tout n'est pas perdu, y a encore beaucoup de choses de bien là-bas, je ne suis pas noire de désespérance …) est, à mes yeux, indécent.
    Autant la fascination exotique, par exemple, les cuisines d'ailleurs, peut être charmant, la mystification, voire les désinformations pour le but mercantile me gênent.

    Posté par Luna, 26 juil. 2012 à 10:45 | | Répondre
  • Laure,
    je comprend vos désarrois face à des idées reçues simplistes. Je critique souvent la machination des industriels, mais parfois, il est plus navrant de voir des gens qui ne réfléchissent pas par sa propre pensée. On est tellement influencé passivement par les médias, les modes et les qu'en dira-t-on…
    Pas facile de ne pas s'intégrer aux pensées de moutons.

    Posté par Luna, 26 juil. 2012 à 10:46 | | Répondre
  • Il y a énormément de choses dans ce billet ! Je retiens l'idée de "mondialisation de la bouffe" qui est au départ quelque chose de pervers. Quelle tristesse si tous les hommes de la planète mangent la même chose ! Quelle tristesse et aussi quelle incongruité nutritionnelle, agronomique, environnementale, etc...
    Mais je remarque qu'il y a quelque part une résistance : par exemple, quand on pense à Mac Donald qui a dû adapter ses "recettes" à chaque pays, l'uniformisation a donc aussi des limites. Et à mon avis, la résistance contre l'uniformisation passe par la redécouverte des produits fermentés, parce que la plupart de ces produits ne sont pas délocalisables !

    Posté par Marie-Claire, 26 juil. 2012 à 19:38 | | Répondre
  • Oui Luna, j'avais bien compris le sens de ton billet, c'est un peu comme dire que le régime crétois est le plus sain au monde, n'empêche qu'il y a des fast-foods en Crète aussi.

    Je pense néanmoins qu'à peu près partout dans le monde, on a le choix entre manger sainement et se laisser tenter par différentes sortes de malbouffe.

    Je crois aussi au phénomène de balancier, et de retour à la normale. En France comme ailleurs lorsque les fast-foods de mauvaise qualité ont fait leur apparition, beaucoup de gens s'y sont précipité, effet de mode pour certains, aubaine économique pour d'autres ravis de manger pour pas cher lorsqu'ils sortent en famille, ou entre étudiants impécunieux...

    Puis peu a peu un mouvement de retour s'opère, la mode de la cuisine à toutes les sauces (nous en sommes deux exemples avec nos blogs ), le passage du "fast-food" à une "restauration rapide" plus variée etc...

    Posté par Patrick Cadour, 27 juil. 2012 à 00:08 | | Répondre
  • Marie-Claire,
    bien sur les produits fermentés ont quelques choses de l'âme du lieu. ils sont fait de l'air et de temps de l'espace où ils se trouvent.

    Les anciens Coréens faisaient attention à un moindre arbre autours des jarres de condiments en fermentations, car il influence le vent (des particules dans l'air, en réalité). ils prévoyaient le sucée ou l'échec de fermentation et ajustaient la vitesse de fermentation en observant des petits vies autours, des insectes…. il y avait aussi d'innombrables soins proches de superstition.
    Toutes ces choses là, évidement, n'est pas mondialisable.

    L'analyse technologique peut, peut-être, reconstituer scientifiquement une bonne partie de ce travail. mais l'alchimie de la fermentation est justement dans l'irrégularité. Un Gochujang réussi de cette année n'a pas même gout que le gochujang réussi de l'année dernière. C'est cette l'infinitude de saveurs qui est magique et qui donne le sens de travail.

    Posté par Luna, 28 juil. 2012 à 19:17 | | Répondre
  • Patrick,
    Oui, heureusement il y a des volontés de préserver les authentiques et les diversités. Et nous faisons partie de cette communauté. ça c'est bien !

    Posté par Luna, 28 juil. 2012 à 19:25 | | Répondre
  • des rumeurs circulent que certains resto asiatiques accrochent dans leurs cuisines des chats morts pout conjurer le sort ,est t'il vrai?

    Posté par toine, 01 mars 2013 à 10:18 | | Répondre
    • Ah, bon? C'est possiblei si ça fait partie de 9 vies de chat ...

      Posté par Luna k, 01 mars 2013 à 15:04 | | Répondre
  • bonjour ,vous n'avez pas répondu à ma question ?

    Posté par toine, 30 mars 2013 à 16:40 | | Répondre
    • Ah, bon? C'est possiblei si ça fait partie de 9 vies de chat ...

      Posté par Luna k, 30 mars 2013 à 17:25 | | Répondre
  • Je suis déjà fan rien qu’à la lecture de l’article,

    Posté par VoyageVietnam, 07 oct. 2015 à 04:26 | | Répondre
  • très bon article!! merci bien pour le partage

    Posté par avion birmanie, 04 mai 2017 à 05:59 | | Répondre
  • Merci pour votre partage

    Posté par Vndragon, 02 mai 2018 à 11:01 | | Répondre
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