11 mars 2013

L'écologie? Non, merci.

Comment et pourquoi j'utilise la pelure d'oignons et de crevettes, et les fanes de carotte, les feuilles de cèleri et la racines de poireaux ? Ce sera le contenu de ce billet et de ses prochains.

Attendez, ne pensez pas qu'il s'agirait d'une campagne écologiste. Tout ce qui a le suffixe comme -ism ou -iste m'ennuie, même pour les bonnes causes. Permettez-moi de préférer le geste naturel plutôt que l'effort de bonne conscience.
Ce n'est pas l'esprit responsable de anti-gaspillage qui m'empêche de jeter ces choses d'habitude jetables, mais parce que, tout simplement, elles sont bonnes pour leur saveur et leur contribution à notre santé.
Il me paraît plus sincère de vouloir plutôt se faire du bien que de sloganiser avec les mots de grandes causes. Quoi de plus naturel que de s'aimer et de se servir soi-même ? C'est un acte naturel spontané qui n'a pas besoin de la résolution.

Ce serait trop ennuyeux si la cuisine n'est que d'exécuter des objets de conquêts. Mais heureusement, la cuisine est aussi le moment de lier des relations sensuelles et mentales avec les matières de la nature. Appréhender un aliment dans sa complète compréhension serait une cuisine vivante, réussie, une cuisine de plaisir. La possibilité de la totale consommation d'une denrée alimentaire donne la jouissance de la propreté sans déchet et du plaisir d'avoir aimé dans son intégralité.

Jeter tout cela au risque d'être le sot-qui-l'y-laisse ?
Par exemple, la carapace de crevette, elle renferme ce bon goût caractéristique de crustacé grâce auquel nous aimons tant le bisque et la soupe de poisson. Surtout la tête. C'est là où il y a le suc orange que les Japonais, ces experts en produits de mer, appellent respectueusement le « miso de crevette», car c'est la partie la plus gouteuse dans une crevette. Parait-t-il également, ces carapaces contiennent des substances bienfaisantes comme des chitines, des chitosanes et des fibres alimentaires.  Jetez tout cela ? Il faut être un sot. (Voir recettes liées)

 

tete de crevette

Les légumes colorés ou foncées sont particulièrement bénéfiques à notre santé. La peau d'oignon en couleur orange foncée en est une. Comme la crevette, dans la partie jetable, la pelure est l'endroit le plus concentré des nutriments utiles faisant baisser le cholestérol, purifie le sang en prévenant des maladies circulatoires, des accidents vasculaires cérébrals etc.
Alors, seriez-vous curieux de gouter le thé à la pelure d'oignons ? C'est très tendance au Japon. Vous hésitez ? Moi-aussi. Nous trouverons sûrement d'autres façons un peu moins exotiques.

 

the pelure oignon

 

Discerner le goût au seconde degrés
On est attiré plus par les belles chairs: plutôt les carottes que ses fanes, plutôt les branches que des feuilles de cèleris. Les racines de poireaux ? Et hop, à la poubelle. Certes, l'apport du sucre des fruits est important à notre corps. Mais bon, dans les sociétés industrialisés, l'apport énergétique a largement dépassé le besoin, d'où le problème de surpoids.
Alors que les racines et les feuilles ont des nutriment dont nous avons réellement besoins face aux maux provoqués par l'environnement dénaturé et pollué pour maintenir l'équilibre de métabolisme et de fonctionnement vital: des oligo-éléments, des éléments minéraux, des fibres et des vitamines. (voir les recettes)

Ils sont gustativement moins doux que le fruit. Mais, la douceur, c'est un goût de l'attirance immédiate, une sorte de goût « au premier degrés» sans jeux de longueur, ni résonance, comparé à la richesse qui est la jouissance de discerner un goût « au seconde degrés ». Un goût qui est réfléchi, discret, élégant.
L'amertume de verdures et de racines, l'astringence de végétaux complets, ce n'est pas la saveur gentille, mais à la fois plus sauvage et raffinée. Une fois appris de l'apprécier, ils anoblirent et enrichirent la cuisine tout en contribuant les bienfaits à notre santé. (Lire mon adoration poussée de l'amertume)

fanes carotte

Les parties consommables que l'on jète sont nos propres biens (spirituel et matériel) qui partent à la poubelles. Les sauver est de nous sauver contre la violence de la dénaturation irraisonnée du notre environnement.
C'est une pensée écologique bien sur. Or, à l'heure où les grande causes finissent par se sur-médiatiser et se galvauder, n'est-ce pas qu'il est plus écologique de préserver les pratiques de bons sens comme humbles gestes naturels plutôt que de les intituler au nom de slogan ?
Même Masterchef, l'émission de reality-show de grande consommation par excellence s'est mise à honorer l'écologie. Si vous me dites que c'est mieux que rien, vous n'avez pas complètement tort. Cependant ce type show est capable de jeter la chair de poulet pour récupérer les carcasses à recycler.


Les recettes d'emplois de ces rescapés seront publiées aux prochains billets.

 

 


Commentaires sur L'écologie? Non, merci.

  • Je serais curieuse de savoir comment vous cuisinez les restes.

    Posté par jojo, 11 mars 2013 à 19:42 | | Répondre
    • Ouii- ça vient---

      Posté par Luna k, 12 mars 2013 à 20:04 | | Répondre
  • Merci pour votre blog et pour ce billet qui est si bien écrit.
    Le titre est une provocation, n'est pas ? Le fait d'utiliser le mot "écologie" à tort et à travers m'énerve aussi beaucoup (je suis écologue de formation, mais pas écologiste; on confond souvent les deux ! Les écologistes sont des militants qui n'ont parfois aucune connaissance de l'écologie au sensu stricto). Par définition, l'écologie est "la science qui étudie les êtres vivants et les rapports qui s'établissent entre eux et leur environnement". Il me semble qu'il y a peu d'autres mots qui sont utilisés aussi librement sans connaitre leur vrai sens.

    Posté par Diana, 12 mars 2013 à 10:20 | | Répondre
    • Merci Diana pour votre bonne lecture.
      Bien sûr, le titre est une ANTIPHRASE ! Bien sûr que mes idées vont en réalité vers la protection de la nature et les gestes pour.
      Il m'arrive de travailler dans les coulisses des événements institutionnels dont le slogan concerne les modes de vie alternatifs, écologiques, durables etc. Il est si amer de voir comment l'esprit du thème était bafoué au profit de la "spectacularité", car un événement est, par principe, un spectacle. Et un spectacle, une sorte de grande machine prodiguant les sources pour la meilleur représentation, est foncièrement non-écologique.
      Je ne suis pas spécialiste pour bien distinguer l'écologie et l'écologisme, mais je pense que dans l'idée même de l'écologie, il y a une notion du retenu, la sagesse, une sorte de vraie économie pour établir des vraies relations avec le soi-m^me et le monde extérieur. Et ça, ça ne se fait pas par l'exhibition de m'as-tu-vu, ou la communication avec de beaux slogans.
      Volà mon point de vue, un peu philosophique, un peu long à exprimer, mais par exemple, je partage les idées de Guattari décrites dans "Trois écologies". Vous comprendrez mieux ce que j'ai voulu dire dans mon billet...

      Posté par Luna k, 12 mars 2013 à 20:04 | | Répondre
      • Merci pour la réponse !
        Encore une fois, je suis ravie d'avoir tombé par hasard sur votre blog, et de lire vos billets si bien écrits.

        Posté par Diana, 13 mars 2013 à 10:12 | | Répondre
      • C'est moi qui vous remercie.

        Posté par Luna k, 14 mars 2013 à 18:47 | | Répondre
  • Très bon article vraiment. Je suis peut être l'une de ses naïves qui se dit être le plus écolo possible sans non plus vouloir être une marginal, enfin je le crois.
    Enfin bref je m'égare. Tu sais très bien manier les mots (ce qui me fait souvent défaut), cette écriture fluide et pleine de sagesse, j'adore ! Et puis la cuisine, les goûts, quel sujet ! Sujet dont on est obligé de s’intéresser de près ou de loin, que ce soit pour vivre, voyager et se faire plaisir tout simplement. Dans un monde où certains mangent pour le plaisir, et d'autres pour vivre, le thème du gaspillage est très actuel et j'espère qu'il évolua dans le bon sens.
    La cuisine, cet art qui, au japon est encore plus respectueux des produits qu'en France (ce n'est que mon avis et le tien aussi apparemment).
    Bref cet article me passionne car il regroupe ce que j'aime : l'écologie, la philosophie sur le monde actuel, la cuisine et le plaisir de manger tout en se faisant du bien, la création et le japon tout en étant bien écrit. Merci, je vais continuer à te lire sans hésiter.

    Posté par Flore, 12 mars 2013 à 23:13 | | Répondre
    • Flore, bienvenue à mon blog et merci pour vos mots d'encouragement.

      Je ne publierais pas non plus mon blog, si j'ai vraiment préféré resté discréte dans mon coin de manier marginale. Moi aussi, j'aime partager et communiquer mes idées. Organiser les petites communautés, mais petites (quand c'est grand, ça altère), est d'ailleurs, à mon point de vue, une solution pour réarer notre vie devenue une machine à non-sens. C'vrai que la forme du "militantisme" n'est pas ma préférée. Mais, après tout, elle est valable si la cause est bonne et surtout,si les militants ont l'esprit ouvert pour ceux qui choisissent d'autres manière de changer le monde, plus subjectivement et plus modérément.

      Posté par Luna k, 13 mars 2013 à 21:17 | | Répondre
  • Tu as raison, l'écologie est détournée de son sens, elle devient une machine à culpabiliser et à faire payer des taxes...

    Posté par Patrick Cadour, 17 mars 2013 à 21:44 | | Répondre
    • J'aimerais citer un passage de Ionesco qui m' depuis toujours impressioné, j'essaye de le copier tant bien que mal... :
      "J'ai l'impression de faire parie de cette majorité silencieuse qui parle, c à d, que j'ai l'impression d'être, comme vous le dites, quelqu'un qui résiste. j'ai toujours eu la tentation de m'opposer aux affirmations publique, aux affirmations générales, parce que chaque affirmation que l'on fait est en réalité un slogan. " l'extrait de "Ruptures de silence" 1995

      Posté par Luna k, 17 mars 2013 à 22:24 | | Répondre
      • pardon je corrige " "J'ai l'impression de faire PARTIE...

        Posté par Luna k, 17 mars 2013 à 22:26 | | Répondre
  • Le problème c'est que l'on confond "écologie" qui est une science, avec "écologisme" qui est une doctrine politique. Et bien souvent l'écologisme n'a pas grand chose à voir avec l'écologie.

    Posté par _Marie_Claire_, 21 mars 2013 à 15:46 | | Répondre
    • Bien sûr, l'instrument le plus utile dans la politique, c'est l'instrumentalisation de bonnes causes.

      Posté par Luna k, 27 mars 2013 à 22:17 | | Répondre
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