13 mai 2013

S.O.S. Écran : Mangeur cherche âme-sœur

Les rêves de l'homme d'aujourd'hui  sont des copies des images publicitaires peuplées de gens parfaits. Beaux, souriants, sympathiques, ce sont les idoles dans leur spectacle dictant aux spectateurs d'agir comme eux : vendez et achetez. En suivant ce modèle, l'homme cherche le bonheur « vu à la télé».
Dans la réalité, l'abondance matériel va souvent de pair avec la misère spirituelle. L'abondance ne va pas forcement de pair avec le partage. Le travail, la consommation et la solitude vont souvent en trio.

Un cas symptomatique :  Mangeur cherche âme-sœur
Bienvenu au pays le plus connecté au monde, la Corée du sud fiévreux de l'éducation et de la chirurgie esthétique où les enfants naissent avec l'impératif de réussir et entrent dès le plus jeune age en compétition sociale. L'omniprésence de l'écran est primordiale en suggérant le modèle à suivre. Pour accélérer l'ascension sociale, chacun doit être plus intelligent, plus beau et plus mince que des autres, on passe mieux ainsi à l'écran.
Or, impossible que tous arrivent à être le premier et réaliser le rêve « vu-à-la télé ». Le mariage serait finalement trop couteux pour mener une vie « rêvée ». On est maladroit pour les relations humaines, le partage conjugale est trop compliqué. Beaucoup de citadins (la moitié de Coréens vit à Seoul et ses banlieues) préfèrent dormir et manger seuls.
Les villes ont prévu cela. Heureusement, les lumières urbaines ne s'éteignent jamais, les pixels des écrans « veillent » et accompagne. On navigue comme errer, achète 2 ou 3 trucs, les magasins en ligne ne sont jamais fermés, d'ailleurs, de plus en plus de « vrais » magasins sont aussi ouverts 24/24h. Sinon, se rassasie rapidement, tant bien que mal, la faim d'amour. Des masturbations sont faites vite et proprement.

Mais à l'heure du repas, comment remplir le vide de manger seul, comment calmer la frustration engendrée de régime permanent amaigrissant ?  Là aussi, suffit de connecter. Au bout de sans-fil, d'autres solitaires cherchent à partager « virtuellement » leur temps de repas.

meok bang corée 1source d'image

Vous êtes libre de choisir payant ou gratuit. Allez, le « show-repas » va commencer. Chauffez vite vos plats au micro-onde ou commandez un pizza. Posez le plateau de repas devant l'écran. Allumez l'ordinateur. Connectez-vous au site spécialisé en vidéo streaming de l'exhibitionnisme nourricier. Vous avez le choix de mangeurs : hommes, femmes, drôles, moins drôles, bavards ou plutôt concentrés à manger. Jetez un coup d'œil sur ce qu'ils mangent. Tiens, du fried chicken ? Ça tombe bien, c'est ce dont vous avez très envie, mais vous vous l'interdisez, car ça fait grossir... Alors, vous choisissez ce soir la mangeuse du fried chicken. Vous ne regrettez pas votre choix, elle mange avec un tel appétit ! Elle dévore une cuisse de poulet plein bouche, vous adorez de voir la sauce onctueuse tâcher tout autour de sa bouche et ses lèvres luisantes de graisse ondulant sans arrêt à mâcher. La mangeuse dit : « Mmm, mais, c'est trop bon ! J'adore épicé comme ça, bien assaisonné, à tomber par terre, la chair trop tendre, mmmm... C'est mon resto préféré ! Et en plus, vous savez quoi, mmmm, miam miam, le dessert est offert, de bon glace vanille. mmmmm, c'est trop bon. Paraît-il qu'il fait bien aussi les spaghetti à la bolognaise, j'essaierai la prochaine fois. Mmmmm, je me régale, mmmm- ».
Vous pouvez lui envoyer quelques mots , genre «ouah, ça a l'air vraiment bon, en plus, tu manges si bien ! Hé, tu veux pas prendre le morceau là, juste à droite, celui qui a plein de morceau de cacahuète dessus ? Montre-moi, s.t.p. ». Si, par chance, la mangeuse a vu votre message, - car, de milliers d'autres voyeurs lui envoie des message comme vous -, elle le fera ou pas. Pour passer mieux votre désir de la voir prendre le morceau que vous voulez, vous n'avez qu'a lui envoyer des étoiles, convertissable en argent. Alors forcement elle remarque votre demande et mangera le morceau montré avec le plus grand plaisir, le plus féroce appétit et sans oublier des gémissements suggestifs et des grimaces de jouissance. Vous en avez l'eau à la bouche, vous ne pouvez pas décoller vos yeux de l'écran.

meok bang coréeLes vedettes de Meok bang (source d'images)
L'enfant mangeant des nouilles a fait augmenter la vente de nouilles instantanées en question 87% de plus.

meok bang poulet

La jouissance à vendre  (source d'images)

meok bang corée messages

Les messages de spectateurs defilent  (source d'images)

meok bang corée etoileL'envoie d’étoile : Payez-lui, il mangera comme vous aimeriez. (source d'image)

meok bang corée hardcore
Le hardcore fait augmenter l'audience  (source d'images)

 

Ce type de cyber-échange appelé « Meok-bang (Muk-bang) : émission mangeant » est la dernière nouveauté qui enflamme les réseaux numériques coréens. Il arrive au mangeur le plus populaire de gagner avec ses vidéos 7,000 euro par Semaine ! Il y a des vedettes spécialisées en meok-bang, et les autres célébrités ne ratent pas l'occasion en se donnant à jouer le grand mangeur. Un coup de marketing sûr pour attirer de millions d'internaute.
Le processus est identique aux pornographies. Les âmes vides et les corps affamés naviguent, tel fantôme, sans réellement se rassasier. Les suggestions de « food porn » y sont pleinement présentés. Voir l'acte de manger excite les papilles. Les orgies sont possibles avec n'importes quels nourritures les plus ordinaires pourvu qu'elles soient copieuse et dévorées sans frustration.


meok bang corée celebritéLes célébrités s’exhibent mangeant et les fans adorent ça.

meok bang corée psyChanteur de Gangnam style, Psy dans son nouveau clip

meok bang corée yuna2Kim Yuna, sacrée championne olympique de patinage artistique dans une publicité de céréale diététique :
Il est ici question de goinfrer tout en restant mince. L'utopique !

 Il ne sera pas limité à un phénomène uniquement en Corée. Les nourritures prend une proportion anormale dans le monde actuelle. Les signes visibles sont nombreux : photographier et afficher ce que l'on mange, le surpoids, la boulimie, l'anorexie, l'orthorexie, nouvelle pathologie alimentaire, le déséquilibre entre le surabondance d'un côté et la famine de l'autre côté de la terre.
Les hommes en voie de perdition de l'humanité cherchent le réconfort dans l'acte de se remplir le ventre comme si la nourriture peut remplacer l'amour, alors que la diktat de la minceur interdit de manger.

Sous les splendides lumières de la civilisation avancée qui ne s'éteignent jamais, les hommes sont en quête de l'âme sœur pour se rassasier le corps et l'âme. Les images, les vidéos et les réseaux pourront-ils les sauver?


carte lumiere monde


Posté par Luna k à 17:34 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires sur S.O.S. Écran : Mangeur cherche âme-sœur

  • C'est délire cette idée mais pourquoi. J'avoue que je ne testerais pas nous sommes 4 à table.
    Très intéressant ton article toujours un plaisir de te lire

    Posté par Macaronette, 13 mai 2013 à 20:20 | | Répondre
    • Merci Macaronette.
      La solitude en ville est un problème de toutes les grandes villes. Les hommes modernes cherchent le réconfort dans toutes les façons. ils ne savent pas lier des relations naturelles avec la nourriture et l'amour, ils y sont maladroits et leur en manque.

      Posté par Luna k, 14 mai 2013 à 15:14 | | Répondre
  • Cette idée de réseau social où les gens mangent virtuellement ensembles aurait pu être une bonne idée, potentiellement conviviale et drôle... mais comme la plupart des réseaux interactifs, ça a tourné à l’exhibitionnisme et au petit commerce, c'est dommage et même triste.

    J'ai adoré découvrir "l'orthorexie", qui pareillement, n'est pas malsaine dans son principe, mais devient totalement névrotique lorsqu'elle devient obsessionnelle et monomaniaque. Comme la photo des nourritures, si on ne photographie plus que son assiette en faisant fi des personnes, des paysages et des objets, on est effectivement de grands malades !

    Bravo pour ce billet qui comme souvent, met bien les choses en perspective.

    Posté par Patrick Cadour, 20 mai 2013 à 07:38 | | Répondre
    • Merci Patrick.
      La communication par écran devrait être un plus, non pas un remplacement, mais à force de intercaler un média dans les relations, le vrai "envisage" devient trop brut à supporter, on peut pas éteindre l'autre quand on veut.
      Personnellement, je suis gênée de photographier les plats de restaurant si ce n'est pas un but précis. C'est une des raisons que je n'ecris pas des billets sur les restaurants

      Posté par Luna k, 20 mai 2013 à 16:22 | | Répondre
  • Je n'écris pas sur les restaurants parce que c'est vraiment un métier à part, où il faut vraiment avoir de la distance par rapport à l'environnement et à son assiette, et qu'il faut visiter plusieurs fois un endroit pour vérifier une première impression; Or, si celle-ci est mauvaise, je ne veux absolument pas y retourner.

    Je fais de temps en temps des photos de mes assiettes au restau, soit pour partager et donner envie (ou prêter à rire) via Facebook, soit pour me constituer une collection de souvenirs, par exemple pour refaire plat ensuite.

    Posté par Patrick Cadour, 23 mai 2013 à 07:50 | | Répondre
    • Ah, oui, écrire sur un restaurant, je me suis fais une petite idée en l’exerçant moi-même. Te raconterai un jour, c'est long à dire.

      En fait, au tout début, depuis les annees 80, il y avait des touristes japonais débarquant en groupe, chacun avec leur appareil photo (Made in Japan bien sûr, accroché précieusement sur le cou) qui photographiaient tout ce qu'ils voyaient, y compris leur repas "touristiques". Je pense que c'est eux, les ancêtres de preneurs de photo de nourritures (non professionnels).

      Posté par Luna k, 23 mai 2013 à 22:09 | | Répondre
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