21 oct. 2013

La viande in vitro et la parade des visionnaires sans vision

Ce qui était réellement phénoménal dans l'émission « Viande in vitro » passée au 8 octobre sur Arte est plutôt la parade des protagonistes que la viande in vitro elle-même, chose pouvant être utile sous certains conditions hors consuméristes. Convaincus d'être visionnaires, ces fanfarons démontrent fièrement leur solution "révolutionnaire" qui permettrait à satisfaire 9 milliards de bouches désireuses de croquer la viande dans l'avenir.


viande in vitroBarquettes de viande dans un supermarché / Mychele Daniau AFP/Archives (source ici)
Le premier hamburger "in vitro" /Crédit SCIENCE-MEAT/ REUTERS/Francois Lenoir (source ici)


Or, l'incohérence est flagrante. Plaider la cause des animaux et en même temps inciter la consommation de la chair des animaux, quand bien même elle est artificielle, me semble suspect. Cependant, on comprend vite cet illogisme en se rendant compte de ce gigantesque marché de chair avec 9 milliards de consommateurs.

Au delà de l'épuisement de la ressource dû à l'élevage intensif, le problème est, au fond, la folie carnivore en isolant la chair de l'homme de celle des animaux. Satisfaire cet appétit avec la chair in vitro n'est qu'une démarche mercantile qui profite de la crise. Est-ce plausible qu'en consommant la viande de synthèse, c-à-d, en chosifiant la chair d'animal, on peut réellement réconcilier avec les animaux ?

Dans notre alimentation « normale », manger n'est pas la consommation de l'objet comestible comme acte fini, mais  l'échange des matières donnant la suite, c'est de faire des liens avec le monde qui nous entoure, ainsi de localiser notre place dans l'ensemble de l'univers, de la nature. En prenant un steak, nous ne faisons pas qu'ingurgiter les fibres de muscle, mais aussi, devenons un peu nous-même le champ, la vache, le beuglement, les bourdonnements d'insectes, le soleil, la pluie, le vent, l'odeur des herbes et de la terre. La chairs des animaux et la notre sont imbriquées et mêlées. Nous tissons des relations complexes avec ce que nous absorbons, liées par les chaines alimentaires naturelles.
Les moindres êtres sur la terre, même les unicellulaires ont un rôle pour l'évolution du règne des vivants. Alors, la question de la traçabilité se pose : La viande de synthèse qui ne participe pas à l'évolution, où placer ces cellules agglomérées, ce tombé de nul part, sans tête, sans queue, sans père, sans mère et sans suite ? (Serait-ce un début d'une mutation?? )

4 elements arcimboldo

Hommes composés de 4 éléments, "La terre, l'air, le feu et l'eau" G. Arcimboldo (XVIe)


Maintenant l'heure de changement. Sortons une balance pour peser la valeur (puisque la loi du marché nous dicte...).
Est-ce vraiment équitable d'opter le progrès scientifique au prix de décréditer la culture de l'homme ? Gloutonner sa ration de cellules agglomérés pour se nourrir, ne serait-ce pas un peu abaissant pour l'homme? La culture, l'art, la civilisation, dignités qui font distinguer l'homme des animaux, se nourrissent des mythes et du poétique du monde dans lequel les habitants s'entremêlent, se communiquent, se mangent, se créent.
.. Par chance, Claude Lévi-Strauss a déjà fini son travail et parti. S'il était un fan de la viande in vitro, il n'aurait jamais eu l'étoffe pour écrire ses œuvres, le fameux « Le cru et le cuit » non plus...

Ceux qui enferment l'imaginaire de notre monde complexe dans la boîte de Pétri et ceux qui stérilisent la sensualité de relations des vivants, ne peuvent pas avoir une vision, ils ne sont donc pas visionnaires, mais de simples techniciens, si doués soient-il.

Les peureux, les traditionalistes, les réactionnaires face au futur radieux sont les titres que donnent les progressistes convaincus visionnaires à ceux qui doutent . Pour répondre à leur doute, les dévots du progrès sont sûrs de leur position et laissent le dernier mot aux décideurs : « ce sont les consommateurs qui choisiront », disent-ils, entre la viande naturelle chere avec ses cholestérols venant de l'animal abattu et la viande in vitro aussi bonne que la vraie, mais à bas prix, assainie, sans cholestérols, ni trop de graisse et surtout pas de sang. Qui sont-ils alors ces « consommateurs-décideurs» si avisés ?

Attention au piège, ils ne sont pas des individus, ni vous, ni moi, mais «On» en tant que masse. Ce « on », soldats fourmillants consommateurs, on est sur-veillé, nourri et élevé par les vrais décideurs du monde pour le meilleur rendement. Ce « on », formaté par le gout des aliments produits à l'usine, sur mesure, broyés, filtrés, isolés, synthétisés, aseptisés, on est fragile comme une éprouvette en verre, équipé de cerveau propre, lavé par les pubs, les médias lancinante. Surtout, ce « on », peuple du temps moderne dont la nouvelle religion s'appelle la science, gobe tout ce que déclare d'un air si crédible le scientifique*, maitre auréolé fascinant pour les petits gens et simple employé payé pour les grandes entreprises*, d'autant plus que le scientifique semble être "philanthrope"... il aimerait que ses nourritures de synthèse rend heureux non seulement les gens, mais aussi leurs descendants et les peuples de pays pauvres.

Aider les pays pauvres grâce aux plans partenariats humanitaires des entreprises agroalimentaire ou vendre les nourritures à bas prix cultivée du labos-usines pendant que les oligarques continueront manger les « vraies » nourritures. Tell est leur façon de voir le développement des pays sous-développés. Une belle farce !

Dans la réalité, il est claire que si la production des aliments dépende au moyen technologique, ceux qui ne détiennent pas ce savoir perdront complètement son autonomie, d'autant plus que l'accès à la terre saine et fertile devient de plus en plus cher et rare.

Les vrais décideurs, meneurs de jeu ou manipulateurs du monde sont les gens immuablement positifs confondant les apprentis sorciers et les scientifiques, adorant le challenge et croyant que le futur radieux est entre leur mains. Ils sont de type qui préfère à résoudre un problème en ajoutant une solution problématique, non pas en soustrayant la cause du problème, la loi de la croissance oblige. Ils adorent se sentir vainqueur contre un problème venant d'une solution problématique. Ils s'ennuient et deviennent dépressifs s'il n'y a pas de problème à casser la tête, ce combattant a besoin d'un os à acharner. Ils ne comprennent pas et trouvent ennuyeux le type des gens qui veulent vivre tranquillement sans besoin de s'acharner sur les os. Bref, les fervents adeptes de "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?"

Ils ont le sens de l'humour, mais cynique. Ils ont l'air de vouloir une société saine avec des gens en bonne santé, ce, entre autres, grâce à la viande de synthèse nutritivement parfaite... on a presque faillit croire que c'était sincère, jusqu'à ce que l'on les entend penser (oui, ça s'entend quand on pense tellement fort à quelque chose) : « Eh ben non, pas vraiment, faut vendre les médicaments ! La maladie rapporte aussi  gros que la viande in vitro ! »

Ils sont aussi rêveurs, par exemple, d'une société idéale, car parfaitement contrôlée et propre, d'une humanité pacifiste exemplaire, tandis que les animaux tuent les autres animaux pour se nourrir...

Voilà quelques descriptions des personnages de la farce que j'ai vu dans l'émission: Consommateurs-décideurs munis de cerveau lavé, scientifiques mercenaires et visionnaires sans vision*.

Quant aux cellules de muscle in vitro, je les ai vu s'ennuyer et bailler en attendant le vrai cerveau qui travaille, le vrai visionnaire qui lui ouvrirait un bon chemin.


Tout ce que j'ai écris ici, ça ne tient pas, si chacun de nous, vous et moi, ne prend pas la conscience de la responsabilité à l'égard du lieu de notre vie. L'avidité et l'inconscience des consommateurs peuvent effectivement ruiner la terre. Dans ce cas, malheureusement, ne vaudrait-il pas mieux de s'enfermer « in vitro » ?
Nous n'avons pas besoin d'autant de viande, ni de banaliser (démocratiser) les denrées rares. Les rares ont la raison d'être rare. Par contre, il n'y a pas de raison de gaspiller les aliments !
On n'est pas tous un chef, néanmoins, on peut être le souverain dans 0,2 ㎡, petite surface d'une assiette devant soi. Ne la laissons pas envahir par le marketing créant l'envie sans réel besoin. Si chacun ne peut même pas maitriser ce petit endroit, si nous-même, nous continuons à participer aux jeux mercantiles et leur logique absurde de produire plus pour consommer plus, alors, arrêtons de nous indigner contre les manipulateurs du monde, les spéculateurs, les meneurs du marché agricoles et agroalimentaire.


* Tous les scientifiques ne sont pas mercenaires. Tous les grandes entreprise n'achètent pas les scientifiques. Tous les consommateurs ne sont pas moutonniers.

Posté par Luna k à 09:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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