Le respect des produits
Le respect des produits On cite souvent cette expression quand on parle de la cuisine asiatique, surtout des cuisiniers japonais. Oui, « le respect des produits » rime bien avec l'air du temps ; l'alimentation saine, l'écologie, le terroirs, le locavorisme etc.
Alors, qu'est-ce que exactement le respect du produit ? La réponse est simple, respecter le matériau à cuisiner. Mais que veut dire ici respecter ? Concrètement, comment respect-on une carotte par exemple?
Question culturelle Selon la pensée bouddhiste-taoïste, l'homme n'est pas supérieur à la carotte.
Débarquée fraîchement en France, mon esprit encore tout chaudement coréen trouvait bien étrange de lire dans une recette, « éplucher VOS carottes », je n'aurais jamais eu l'idée d'appler MES carottes les carottes que j'ai achetées. Sans doute il est plus précis de dire ainsi...neanmoins, avec MES carottes, MES oignons, MES pâtes, il est sans cesse rappelé que le maître d'œuvre, c'est le MOI, en affirmant l'hiérarchie, le sujet maître (l'homme) possédant l'objet.
Il se passe autrement les descriptions dans une recette coréenne, souvent les ingrédients sont personnifiés, ce qui les mettant au rang égale ou amical à l'homme (Comparable aux enfants qui aiment personnifier les objets. Si vous connaissez la culture japonaise, vous avez sans doute remarqué un tas de drôles de dessins, genre champignon ou de radis ayant un visage humain, des bras et des jambes, sur l'emballage des produits qui ne sont pourtant pas destinés aux enfants.)
Un anecdote Récemment dans l'émission « Top chef », il y a eu une épreuve en utilisant les légumes de M. Yamashita, maraîcher japonais connu d'une extrême exigence de culture, dont très peu de récolte, chaque légume est traité comme son propre enfant. Un candidat a pris le cœur d'un navet avec un emporte-pièce et a jeté le reste. Les jurys, maraîcher et chef M. Gagnaire, choqués de sa manque d'attention ne l'ont fait perdre au match.
Cette scène perçant le navet avec l'emporte-pièce m'a provoqué aussi une sensation désagréable. Ce n'était pas tant à cause de la gaspillage, mais la brutalité. Il avait couché le navet et enfoncé l'outil perpendiculairement, à contre sens de fibres du légume. S'il le cuisinier l'avait prélevé le cœur avec un couteau bien affuté en suivant le sens de sa chair, ça aurait été moins traumatisant, en tout cas, plus naturel à l'égard du navet.
Si la guillotine est un engin humaniste pour avoir rendu l'exécution moins cruelle, disons plus efficace, une lame redoutablement tranchante est un minimum pour le respect des produits. Oh, que ce serait beau de trancher une tomate sans faire couler une goutte de jus grâce à un couteau bien affuté !
La cuisine, histoire des matières et des sensation. « Respecter » le produit est donc de ressentir la sensation de la matière que l'on travaille. Le respect, n'est autre que de communiquer avec l'autre, non pas d'imposer la volonté du sujet à l'objet. Le bon cuisinier sait lire et sentir le message du produit naturel qui est différent à chaque arrivage. Le produit s'ouvre et donne son meilleur. Ils sont ainsi en meilleur entente, trouvent le meilleur goût (Je profites de l'occasion pour dire que c'est ce processus d'« une révélation de la bonne entente » qui est en fait le sens initiale de l'umami).
C'était un peu ce type de courant qui s'est passé quand j'ai décidé de faire connaissance avec ce gros fruit, le pomelo. Vu sa taille, il doit y avoir des chose à découvrir. J'ai commencé par ouvrir un petit bout avec un couteau, puis seulement avec les doigts, retirer les membranes, détacher les pulpes, sans les éclater, maille par maille comme un tricot...le plaisir fou quasi autistique de la répétition interminable...
Il est étonnant de constater la différence de la texture, de la forme et du lien de pulpe selon l'endroit où il se trouve. On est encore une fois de plus ému par le génie de la Nature !
Gustativement, le Citrus maxima (le pomelo géant ou de Chine) est bon, très bon. Ni très sucré, ni très délicat, ni très parfumé, mais une saveur calme que l'on peut aimer longtemps et en polyvalence.
Qu'est ce que l'on pourrait faire de bon avec ses perles de pomelo ?
Une salade pour commencer ?
A suivre.


