07 nov. 2009

Manger : une Pratique Associale

Il peut être vrai. En tant qu’animal, la survie de soi précède tout autres choses : le nourriture est pour ME nourrir. En tout cas, D’ABORD pour Ma survie. En général,  les animaux s’isolent pour manger leur lot chassé, sauf les mères nourrissant ses petits.
Mais quand on est un animal sociale « civilisé », l’acte de manger est un rituel social de partage.  Chez certains animaux aussi, paraît-inl qu’ils font des chantages, par exemple un singe mâle (qui n’est pas très viril physiquement) qui séduit une femelle avec une banane.
Je ne sais pas, à partir de quel stade, manger devient un acte plutôt social en dépassant le « Pur amour de soi, c-à-d, se nourrir & se faire plaisir d’ingurgiter une matière tactile, goûteuse, odorante ». Mais la frontière entre les deux est fluctueuse.

Manger tout seul dans son coin, ça, tout le monde le fait de temps en temps, pourtant ce n’est pas le moment le plus présentable.
Cependant tout le monde a des expériences d’un moment secrètement délicieux, asocial, même quelque peu, « débauche » de déguster ce qu’on aime à l’abri de regard des autres, sans concurrence, sans penser à la manière (manger avec les droites en suçant par exemple) pour s’adonner à un total  plaisir de la bonne chère. Et on dit qu’il ne faut pas trop s’exhiber la chair et je partage l’avis, sinon ça perd le charme.

En matière de la sensualité de « chair » ou de « chère », les Japonais ont leur mot à dire, n’est-ce pas ?

ramen

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Étrange pour certains, compréhensible pour les autres, voici un restaurant « cloisonné ». Il s’appelle « Ichiran », (version originale en Japonais avec un video GENIAL où on voit les mains serveuses fantomatiques, cliquez ici), un restaurant  de nouille « Ramen » à Fukuoka, à Tokyo, je n’y été pas, mais il est connu autant pour son système que son bon goût de bouillon.
Le dispositif est patfait : une commande personnalisée en établissant une fiche à cocher le niveau désiré de densité, d’épicé et de variété de garniture.
Tout le reste est automatique :
1.    l’achat de ticket par le distributeur aotomatique,
2.   les voyants allumés indiquant les places libres
3.    à la table,  à déposer la fiche au-dessous du rideau qui est en face du client
4.    apparition d’une main (humaine) au-dessous de rideau pour prendre la fiche
5.    réapparition d’une main (toujours humaine) pour vous servir le plat
6.    tout est déjà équipé sur chaque table : des couverts, un fontaine d’eau etc.
7.    partir comme si on est jamais venu, tout en pensant à revenir incognito.

En gros, il est possible que vous ne croisiez personne dans ce genre de restaurant, sans vis-à vis, mais le cloison est descendable si jamais vous êtes deux.
Il peut y avoir plusieurs raisons d’aller à ce genre de restaurant :
La gêne de manger seul (en fait, au japon, ce n’est pas vraiment un problème, y a tellement de gens qui mangent tout seul) ou parce qu’on mange salement ou mange trop…
Néanmoins, sachant l'existence de l’attitude Otaku chez les Japonais, je peux présumer que les gens y vont vraiment pour ce « Pur amour de soi »
Je ne suis pas encore allé (juré !) à des lieux érotiques du style « Cabinet de XXX », mais j’imagine qu’il y ait une étrange atmosphère ressemblante.

Quand on réfléchi sur non seulement quoi manger mais aussi pourquoi manger et comment manger, il devient une vaste question, tellement vaste parfois ça fait perdre l’appétit.

Posté par Luna k à 17:11 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires sur Manger : une Pratique Associale

  • Cet article et très intéressant et pose beaucoup de questions !
    Manger : pratique sociale ou asociale ? Nous avons l’habitude, nous les européens, du repas pris en commun comme un rituel de partage et de "communion" : le "copain" est celui avec qui on partage le pain : co-pain.
    Mais se nourrir est d’abord une question de survie. Tout le monde a ce réflexe, quand on mange, de regarder autour de soi : c'est un réflexe venu de très loin, de l'animalité, on surveille si des ennemis ne vont pas venir nous attaquer pendant qu'on mange. Observez les gens des les restaurants : ils mangent en jetant des coups d'œil (furtifs ou non) aux alentours. Alors cette manière de manger dans une petite case est à la fois étrange et compréhensible.
    Ça m’a tout se suite évoqué un film de Bunuel, « le Fantôme de la Liberté », où l’on voit une scène de table : mais les gens sont assis sur des cuvettes de WC. Certains se lèvent et vont dans un petit cabinet et s’y enferment à clef pour… manger.
    Les codes sociaux sont des choses culturelles, acquises, et ne sont pas évidents au départ.
    Manger devient-il un plaisir solitaire ? Ou quelque chose de honteux comme le aller aux toilettes ? ça ce serait terriblement inquiétant !
    On pense aussi aux habitudes anglo-saxonnes d’aller se servir tout seul dans le frigo, sans prendre de repas à table.
    Quoi qu’il en soit, il y a une chose à retenir dans la vidéo : la manière la plus élégante de manger des spaghettis, c’est sans aucun doute avec des baguettes ! Je trouve que cette fille a une classe folle !
    J’ai pensé aussi au film « Tampopo », film génial s’il en est, à la scène où un vieux monsieur explique les règles de la dégustation des nouilles et du bouillon… c’est ici
    http://www.youtube.com/watch?v=1XyoAZFREnY

    Posté par Marie-Claire, 09 nov. 2009 à 16:47 | | Répondre
  • En France, j'ai du mal à imaginer ce genre de restaurants, cloisonnés en petite cases où on s'isole complètement du monde extérieur.C'est vrai que dans notre culture occidentale s'alimenter est aussi synonyme de se retrouver, d'échanger, de partager. Le repas même le plus simple devient un moment de plaisir car pris avec des gens que l'on apprécie, voir que l'on aime.Ces gens que l'on voit dans la vidéo sont peut-être aussi seuls dans la vie? Je serais curieuse de savoir quel genre de clientèle fréquente ces lieux.

    Posté par vika, 12 nov. 2009 à 16:15 | | Répondre
  • Nick répond à vika

    Les clients de ce genre de restaurant ne sont pas si asociales que l'on imagine. Marie-Claire a remarqué l'histoire du film "Tampopo", c'est plutôt ça, l'affaire concernant. Si vous avez vu ce film, vous savez combien ils (cuisiniers) meurent et vivent pour des recettes de bouillon de soupe. Les japonais a un goût de "perfection", jusqu'à pousser à l'extrême, voire à l'absurdité. Ce restaurant a crée un environnement du LABORATOIRE de test gustative pour que ses clients puissent entièrement plonger dans la dégustation sans être dérangés par personne, ni par le décor de restaurant.
    Sur la fiche de commande, effectivement, il y a beaucoup de niveaux différents à choisir pour personnaliser le goût de votre Ramen. Pour apprécier la subtile différence suivant les différents choix, il fallait bien concentrer à manger plutôt qu'à parler avec des amis ou à regarder autours (par exemple, le phénomène de "m'as-tu vu" aux restaurants français).

    C'est ce que ce restaurant exprime comme le but de ce dispositif.
    Mais personnellement, je n'y fréquenterai pas trop, car j'aime bien éterniser le repas en causant avec des amis. Ceci dit "Ramen" est un plat plutôt pour déjeuner, pas pour le repas du soir.
    De toute façon, au Japon, il y a vraiment beaucoup de gens qui sont seul au restaurant(normal sans cloison)

    Un autre aspect plus complexe qui peut concerner ce genre de concept-restaurant, est le rapport sensuel avec le nourriture que les Japonais privilégent. ça, c'est une histoire trop longue à dévèlopper ici, j'espère que j'aurais d'autre occasion.

    Posté par nick, 16 nov. 2009 à 11:59 | | Répondre
  • Nick répond à Marie Claire

    On sait combien, nous les hommes, ont fait tous les efforts possibles pour nous éloigner des animaux. Quand il s'agit de l'activité qui concerne le CORPS, les hommes se méfiaient au profit de l'activité mentale, noble, et HUMAINE!!! Mais à chaque seconde, notre animalité refoulée au plus profonde guette en cherchant l'occasion de remonter à la surface. Maintenant, les sages nous ont appris qu'il faut vivre en harmonie avec nos désirs "animals".

    Manger est un acte le plus important pour un être physique et mental, car par là on existe et on percepte le monde. Allaiter un nourrisson est un acte de survie mais aussi un commencement de communication entre lui et le monde. Il sent, absorbe et de là, comPRENDRE le monde extérieur.
    Dans le film de Bunuel, sans doute, il parle de l'hypocrisie humaine (surtout bourgeoise) qui ne sait pas réconcilier avec la nature.
    Justement dans la scène de ton extrait de vidéo Tampopo, on voit le vieux comment traiter le morceau de porc: juste le toucher, on le cache en sous pour le retrouver plus tard après une sorte d'épreuve de l'attente.... il est vraiment fort ce film!!

    Quant à la fille qui mange du nouille dans le pub du restaurant cloisonné, je suis d'accord qu'elle a la classe, j'aimerais bien apprendre manger les nouille dans la soupe aussi proprement qu'elle.
    Ah, les inévitables éclaboussures de bouillon, surtout quand tu porte une jolie robe noire comme ça....

    Posté par nick, 16 nov. 2009 à 12:36 | | Répondre
  • Oui, oui. On attend les autres billets sur le sujet ! Justement, dans le film "Tampopo", le rapport sensuel avec la nourriture est très bien développé !

    Posté par Marie-Claire, 16 nov. 2009 à 12:37 | | Répondre
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